Teindre les tissus en bleu, 4 méthodes

Ecoprint, teinture, peinture

teintures textiles

Je teins tout au long de l’année, vous le savez, mais en été, j’aime bien m’occuper de bleu. Et pour teindre les tissus en bleu, rien de tel que l’indigo. Chaque année, j’en prépare une grosse cuve. En général, je n’en viens pas à bout en une journée, alors je la réactive tout au long de la saison, jusqu’à épuisement du pigment.

pigments indigo

Mais cette fois, pas moyen de relancer la réaction qui permet d’obtenir cette fabuleuse couleur ! Pas question de mettre fin à mes séances de teinture pour autant. Mes tissus étaient ficelés, prêts à teindre. Je me suis donc tournée vers d’autres techniques, pour essayer.

Aujourd’hui, c’est en quelque sorte mon « carnet de teinturière » que je partage, avec les 4 options suivantes :

  • la teinture à l’indigo
  • la coloration à chaud
  • la coloration à froid
  • le cyanotype

Chacune d’entre elles a des avantages, et parfois des inconvénients. Voyons cela !

La teinture à l’indigo

La teinture à l’indigo est une tradition tinctoriale extrêmement ancienne. Elle a quelque chose de magique : les tissus à peine sortis du bain sont d’un vert vif, et passent au bleu progressivement au contact de l’oxygène de l’air. Le bleu s’approfondit au fur et à mesure des trempages, permettant ainsi d’obtenir toute une gamme, du plus clair au plus foncé.

teindre à l'indigo

Je suis à chaque fois fascinée par le processus.

colorer les tissus en bleu avec l'indigo

En général, mes tissus sont prêts la veille de la séance de teinture.

préparer shibori

Et oui, beaucoup de tuyaux chez moi, parce que je suis une inconditionnelle de l’arashi shibori . Je réalise des écharpes avec cette méthode, un peu longue, j’en conviens, mais j’adore l’imprimé rayé !

Mais j’apprécie aussi l’Itajime shibori, qui consiste à fixer des morceaux de bois sur le tissu plié (ici des rectangles).

Etole indigo

Et il y a bien d’autres façons de plier, ligaturer, nouer

Indigo, premiers pas (tuto gratuit)

Les trempages successifs prennent un peu de temps. Je ne teins donc pas tout d’affilée. Je couvre ma cuve en fin de session pour la reprendre quelques jours, voire quelques semaines plus tard.

cuve indigo

En général, cela fonctionne.

Mais pas cette fois.

Mes tissus étaient pourtant fin prêts, enroulés autour des tubes ou ligaturés.

Qu’auriez-vous fait ? Remonter une cuve ? Je n’avais pas de pigments en stock… Alors j’ai décidé d’essayer des teintures du commerce.

Teindre les tissus en bleu avec une teinture « à chaud »

Pour mon plan B, j’ai testé deux marques, l’une à la main, dans une casserole, l’autre en machine. Je ne fais pas de pub, je ne nomme donc pas les produits. Chacune de ces teintures était donnée pour une coloration « indigo ».

Pour la teinture machine, c’est simple, on place la poudre au fond, on ajoute du sel et on pose le tissu. Il suffit de lancer un programme à 40°. J’ai ajouté un rinçage supplémentaire, puis nettoyé ma machine « à vide ».

Résultat plutôt intéressant, même si le bleu n’est pas tout à fait celui de l’indigo..

Un deuxième essai, en casserole cette fois, était nécessaire pour foulards arashi enroulés sur des tubes.

teindre les tissus en bleu

Là encore, le processus est simple : diluer le colorant dans l’eau, amener à une certaine température et laisser les tissus une vingtaine de minutes dans le bain, sans oublier le remuer régulièrement pour une coloration uniforme.

Un peu compliqué quand même à réaliser avec des tubes ! Mais cela m’a permis de tester une variation de l’arashi shibori.

teinture bleue

Et le bleu ressemble davantage à un indigo foncé.

Il s’agit bien sûr de colorants de synthèse. Je n’en suis pas fan. Les teintures chimiques sont, à mon sens, suffisamment utilisées de par le monde. Mais je ne voulais pas laisser mes tissus en plan. Et puis pour des projets spécifiques, la méthode peut s’avérer intéressante.

En tout cas je crois que si l’on veut se tourner vers ce type de teintures, au demeurant simples d’utilisation, il faut, au minimum, privilégier des produits avec des labels (GOTS ou Oeko-tex). Il y a peut-être moins de choix en termes de couleurs, mais cela existe et permet d’éviter les colorants, parfois cancérigènes, les substances allergènes, et autres métaux lourds.

En conclusion, du côté des avantages :

Facile d’utilisation, et on obtient une couleur proche de l’indigo pour certaines marques. Une façon simple peut-être de démarrer la teinture ?

Du côté des inconvénients :

Chimique. Mes travaux en casserole m’ont par ailleurs demandé de nombreux rinçages.

Colorer en bleu à froid

C’est une technique que je pratique depuis longtemps sur des petites pièces. Cela fonctionne parfaitement aussi pour des projets plus grands.Il s’agit de la teinture Procion.

Elle se présente sous la forme d’une poudre à diluer dans de l’eau. Pas de chauffage, la température ambiante suffit (à condition qu’il fasse au moins 20 degrés). Les poudres se gardent très longtemps.

Et c’est bien plus simple sur l’arashi : on n’immerge pas le tuyau, on applique la teinture avec un pinceau plat sur les parties à colorer.

J’ai l’habitude de tester mes motifs de shibori de cette façon, avant de passer à des grandes pièces.

colorer ses tissus en bleu

Avantages/inconvénients

Cette méthode de coloration des textiles a le même inconvénient que la précédente. Il s’agit en effet de colorants de synthèse.

Mais à mes yeux, elle a quand même un avantage : on peut facilement doser les quantités utilisées. Autant du côté de la poudre que de l’eau.

Un verre d’eau est suffisant pour immerger le tissu nécessaire à la réalisation d’une pochette par exemple. Et selon l’intensité souhaitée, il faut entre 1/2 et 1 cuillère à café pour cette quantité d’eau. En pratiquant avec peu d’eau, il y a moins de résidus à jeter. Il est possible également de mélanger les couleurs.

Le cyanotype

Le cyanotype est une autre méthode pour teindre les tissus en bleu. On peut se lancer dans des petites pièces, ou des grandes. Pour ma part, je ne l’utilise pas pour créer des tissus vestimentaires, je le réserve aux petites pièces utilitaires ou décoratives.

cyanotype sur tissus

Cette technique fonctionne sur du papier également. On trouve désormais facilement des kits. Un peu de soleil, un peu de végétaux (ou des boutons, des pochoirs, des dentelles…).

C’est, à mon avis, un petit projet facile à essayer.

technique cyanotype
Essayer le cyanotype (tuto gratuit)

Et les tissus demandent nettement moins de rinçage…

Je trouve que le rinçage est un point faible des techniques manuelles de teinture (indigo compris) : c’est assez gourmand en eau. Il faut donc s’organiser avec des seaux, commencer par tremper les teintures les plus claires, continuer avec les foncées…

Mais créer ses propres tissus reste un réel plaisir !

En résumé, il y a plusieurs options pour teindre les tissus en bleu :

  • les teintures à partir de colorants de synthèse (paragraphes 2, 3 ) qui ont l’avantage d’être simples d’emplois,
  • le cyanotype,
  • et l’indigo qui peut être facile aussi, en démarrant avec une petite cuve.

A choisir en fonction de ses projets !

Côté teintures naturelles, on pourrait aussi utiliser le bois de campêche pour obtenir du bleu. Mais la teinte n’est pas tout à fait la même, elle tire un peu sur le violet. Et elle n’est pas très stable sur les fibres cellulosiques, même correctement mordancées. Au fil des mois, certains de mes coupons, pourtant peu exposés à la lumière, ont grisé. Cela fonctionne nettement mieux sur la soie.

Mes préférées pour finir ? L’indigo, pour les pigments naturels ainsi que la variété et la profondeur des couleurs. Juste derrière, le Procion, pour les petits projets.

Pour autant, je ne me priverai pas des autres possibilités si l’un ou l’autre de mes projets le nécessite.

Et vous ?

16 Commentaires

  1. ANNE G

    Résumer tout ainsi par écrit, c’est génial et utile. Je mets ton article en favori pour moi car je ne prends pas assez de notes. C’et un gros travail que tu as fait!
    Pour ma part:
    1- je n’ai jamais fait d’indigo; et j’ai un frein : peur de me lancer seule!!!
    2- je n’ai jamais tenté le procion non plus!!!
    3- en revanche (bien que cela me demande de beaucoup courir) je suis plutôt bien équipée pour le rinçage, table, robinet à l’extérieur, etc….
    Merci pour la richesse et la clarté de ta présentation. Une synthèse précieuse!

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    • patchacha

      Je crois que je ne serais pas allée si loin si j’avais pu récupérer le reste de ma cuve d’indigo, mais ce contretemps a été l’occasion d’explorer assez complétement le sujet. Alors autant partager !!!
      Tu n’as peut-être pas testé l’indigo, mais tu es une pro du cyanotype… Et tu pourrais facilement te lancer seule en démarrant avec un kit, c’est absolument inratable. Seule l’utilisation du reste de la cuve peut poser problème 😉 ! Mais on a le droit de tout faire d’un coup.
      Quant au procion, c’est vraiment top pour les « petits projets » : rapide à faire, pas trop d’eau, uni ou motifs, couleurs stables… Assez incontournable si on veut créer des tissus à partir de draps récupérés par exemple.
      Enfin, des idées, tu n’en manques jamais, et tu maîtrises parfaitement tes propres outils !

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  2. AVOINETTE

    Comme toujours, je reste admirative de ta façon de rebondir à n’importe quelle situation !
    Bien évidemment, je n’ai toujours pas commencé à essayer quelque teinture que ce soit, hormis celle en machine à laver que j’ai faire plusieurs fois …
    C’est déjà un grand plaisir d’admirer tes résultats …
    Et merci pour tes articles bien détaillés !
    Bises

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    • Patchacha

      La teinture en machine, c’est un bon début ! La prochaine fois, tu ajoutes dans la machine un T-shirt blanc que tu ligatures, comme ça tu feras du shibori sans t’en rendre compte 😉 . Et puis à l’automne, tu ramasses quelques feuilles, histoire de te lancer dans l’ecoprint. Sur un tote bag « vierge » par exemple, pour essayer au moins une fois ! C’est toujours mieux de commencer la teinture par des petits projets. Je compte sur toi !

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  3. Christine

    Merci pour ce condensé de techniques ! La semaine dernière, j’ai teint beaucoup de tissus à l’indigo, j’aime beaucoup la couleur obtenue, mais elle me semble plus pâle que la tienne. J’ai aussi teint avec du procion , dans l’idée de renouveler mon stock de tissus orange. Mais je pense que mon pot de jaune était trop vieux, je me retrouve avec beaucoup de rose, que j’avais déjà en grande quantité… cela fait partie du côté magique des teintures.

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    • patchacha

      Ah oui, j’ai vu tes pots de couleurs ! C’est quand même bien pratique la teinture au Procion. Mes pots sont très vieux aussi, mais encore opérationnels… Je les conserve à l’abri de la lumière.
      Quant à l’indigo, l’intensité dépend de la cuve, du tissu, et du nombre de trempages ! Pour teindre en bleu foncé, je n’ai pas mégoté cette fois : les plus foncés sont allés 7 ou 8 fois dans la cuve, et j’ai attendu pas mal entre chaque bain. Il me faut bien la journée pour teindre quelques pièces, et c’est assez physique je trouve !

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  4. Monique Armand Vachey

    Un très grand merci pour m avoir permis dès mon réveil ( un peu plus tard que vous !!) de voir la vie en bleu… après des rêves bleus, bien sûr..
    En effet, j avais depuis longtemps envie d essayer les cyanotypes.. et.. depuis une dizaine de jours me voilà partie dans les recherches sur Internet, Pinterest et autres,… pour en conclure que la technique était à ma portée.. et j ai donc acheté les 2 flacons magiques pour les réaliser..
    Puis, je mélange quelques cuillères, en quantités égales) des 2 produits dans l obscurité et enduis tissus et papiers aquarelle au pinceau ou autre.
    Ensuite je pars en balade repérer et souvent cueillir des végétaux susceptiblems de m’ intéresser….. et 1 heure après, j ai un énorme bouquet de graminées, feuilles de pissenlits, acacias et fougères.. c est addict..
    Et enfin, j utilise un cadre photos, je posie le papier enduit sur son fond, répartis feuilles et herbes folles, pose la vitre dessus, rebloque le cadre, ou mets des pinces à linge, me précipite au soleil (prévu au départ !) attends un peu, desserre le tout, couleur très bizarre (!!!) plonge le papier dans le bac à litière du chat après l avoir bien nettoyée et remplie md eau.. propre !! Et voilà, magique, tout apparaît mille fois au delà de mes espérances..
    Et ensuite, je fais sécher d abord à l air et à l ombre, puis mets sous presse. Un bazar chez moi. des piles de livres l(e meilleur étant le livre « bleu » de Michel Pastoureau, bien sûr)
    un peu partout même sur le sol, côtoyant les végéaux et le sécateur..
    Et ensuite.. que du bonheur cartes et marqué pages, pochettes en tissu..
    Conclusion.. mille étoiles bleues dans ma tête.. au diable le ménage et la bibliothèque rangée et même entre les balades et plus le temps de cuisiner.. j ai perdu 1 Kg !!!.. et comme je continue mes expériences.. je risque d en perdre encore !!!!

    Madame Patchacha.. je suis bavarde et j ai beaucoup d humour aussi vous n êtes pas obligée de publier. et merci pour tout ce que vous m apportez, bonne journée !

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    • Patchacha

      Ah, on aurait bien envie de partir en balade pour cueillir de concert avec vous ! C’est vrai que c’est plutôt addictif, et que la seule barrière, avant de se lancer, est notre timidité parfois face à de nouvelles techniques ! En tout cas, je suis absolument convaincue que vous avez fait des merveilles !

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  5. Mimiblue

    Passionnante, comme toujours !!! Et tu sais donner l’envie …. l’envie ne manque pas, c’est encore et toujours le temps qui fait défaut. Le temps et l’énergie un peu dispersée sur d’autres sujets dont je me passerais volontiers mais ainsi va la vie… Néanmoins, je pense que je vais mettre une journée écoprint à mon emploi du temps !! Merci de nous booster ainset i… Dommage que tu sois si loin, on pourrait partager des après-midi, du linge et des gamelles !!

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    • patchacha

      Ah oui, vraiment dommage ! J’ai un super souvenir de l’atelier d’ecoprint à l’Ile aux Moutons !
      J’ai fait énormément d’impressions ces dernières semaines. J’ai testé de nouvelles feuilles, de nouveaux dosages… Passionnant, mais il est vrai très gourmand en temps.

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  6. Fabienne

    Bonjour, j’ai eu la chance de faire du shibori à Marie Galante avec Anne. Je faisais plus du « couturage ». Je dessine sur le tissu, couds sur les traits, tiré le fil pour froncer. On effectue le trempage plusieurs fois pour avoir un bleu plus fort, on fait sécher et on rince dans la mer.
    Voir sur Facebook : Anne Indigo Marie Galante ou Maison de L’indigo. Il y a aussi à la Désirade : les mains bleues ou Gris Indigo.
    Merci pour toutes ces façons de teindre.
    Fabienne

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    • patchacha

      Voilà qui me fait rêver ! Le bleu, les indigotiers sauvages, les lieux (j’ai fait un tour du côté de FB, merci pour ce partage), le rinçage à l’eau de mer…
      Ici, je travaille dans le jardin, mais j’y prends autant de plaisir !

      Réponse
  7. Chriscesar

    Pour ma part je me contente des teintures en machine. Elles m’offrent un grand choix de couleurs et sont simples d’utilisation.
    Je m’en sert quand il me manque des unis dans ma palette.

    Réponse
    • patchacha

      Tu as raison, les teintures tissus machine fonctionnent bien, et sont pratiques. Mais pour les petits bouts, la teinture au Procion arrive juste derirère : on peut teindre avec simplement un petit bocal et c’est parfois bien utile !

      Réponse
  8. Albine

    Bonjour chère amie
    Je suis toujours admirative de tes créations.. Bleu..ciel de Bretagne.
    Je vaque â mes petites occupations..un(e) prof d’arts plastique nous propose depuis.janvier un theme par semaine….en télétravail …c’est très à la mode !!

    Caressée aux chats. Bisous

    Réponse
    • Patchacha

      Ravie de te lire chère Albine, et amusée par ton télétravail 😉 !!! Mais plaisanterie à part, à distance ou en direct, un thème par semaine, c’est certainement très porteur.

      Réponse

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J’ai toujours adoré les fleurs. Les tissus aussi !

Associations de matériaux, superpositions en tout genre, un peu de broderies main, un rien de piqué-libre… J’aime jouer avec les formes et les matières. Et j’aime partager mon univers.

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